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Arthur Honegger, compositeur suisse à redécouvrir

Frédéric Monnier
La Nation n° 2307 12 juin 2026

La désormais bien connue collection Presto des éditions Infolio vient de publier trois nouveaux titres dévolus à des compositeurs suisses: Arthur Honegger, Hermann Suter et Henri Gagnebin, que nous présentons en trois articles successifs.

Commençons par le plus connu des trois: Arthur Honegger. Les monographies qui lui ont été consacrées ne manquent pas, la plus importante étant la somme due à la plume de Harry Halbreich parue chez Fayard en 1992 à l’occasion des cent ans du compositeur, mais il y avait de la place pour un bref ouvrage synthétique (moins de 60 pages, comme le veut la collection) sur un musicien dont le public mélomane ne connaît le plus souvent que quelques œuvres, comme le Roi David ou Pacific 231, voire la Troisième symphonie dite «liturgique». Dans son esquisse biographique, l’auteur, Alain Corbellari, spécialiste de littérature française médiévale, mais également musicologue, souligne la place singulière qu’occupe le compositeur dans les courants musicaux qui ont traversé la première moitié du XXe siècle: né en 1892 au Havre de parents zuricois, formé aux conservatoires de Zurich, puis de Paris, Honegger a vécu la plus grande partie de sa vie en France, où il est parfois considéré comme un de ses grands compositeurs (sa présence au sein du Groupe des Six y a contribué), alors même qu’il a toujours gardé sa nationalité suisse. Mais son sens des grandes architectures sonores, son attrait pour la complexité polyphonique, sa vénération pour Bach, son tempérament le rapprochent d’une esthétique d’essence germanique, sans qu’on puisse l’y enfermer. Paradoxalement, Honegger, comme le souligne l’auteur, «ne mettra pourtant jamais de texte allemand en musique, contrairement à son grand contemporain [le Genevois] Frank Martin». Quant à son ascendance helvétique, elle est sensible dans son goût pour les grandes masses chorales, «notre pays ayant toujours exprimé une prédilection marquée pour les chœurs»; et n’oublions pas que l’œuvre qui lança véritablement la carrière internationale du musicien, Le Roi David, a été créée en 1921 au Théâtre du Jorat, sur un texte du Morgien René Morax. Si sa musique orchestrale et de chambre est loin d’être négligeable (le chapitre «Hautes heures de la musique instrumentale» le rappelle à juste titre), c’est probablement dans le domaine de l’oratorio (ou plus largement tout ce qui se rattache à la voix) qu’Honegger a su le mieux exprimer son génie musical, au point que certains ont dit de lui qu’il était le Haendel du XXe siècle.

Dense par son contenu, émaillé de points de vue originaux, l’opuscule de M. Corbellari mérite de figurer en bonne place dans la bibliothèque honeggerienne.

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